Cédric Giorgi, développeur de formation qui n'avait pas codé depuis vingt ans, est cofondateur de Sena, qui conçoit des agents IA conversationnels pour les congrès et salons professionnels, déployés notamment sur WhatsApp pour orienter les participants vers les bons stands, les bonnes personnes et les bonnes sessions. Début 2026, le marché s'étant révélé moins grand qu'espéré, l'équipe s'est réduite aux deux fondateurs. Son associé, ingénieur, l'a mis sur Claude Code pour tout ce qui n'est pas le produit : le commercial et le fonctionnement de l'entreprise. Sa présentation avait été générée par Claude, et il a demandé à la salle comment obtenir d'Opus un français qui ne sonne pas comme de l'IA.
Organiser la connaissance
- Une arborescence de fichiers markdown dans GitHub. Même pour un non-développeur, GitHub apporte le suivi des modifications : qui a changé quoi, et la possibilité de revenir en arrière. D'après sa présentation, le principe est « tout est un fichier » : pas d'application ni de base de données, et une décision se révise comme du code. Comme le système sait qui a modifié un fichier en dernier, il cède la place à un humain sans rien configurer.
- Deux briques : la connaissance et les skills. La connaissance, c'est tout ce qui définit l'entreprise : ce qu'elle fait, à qui et à quel prix elle vend, ses clients, son discours, ses concurrents, son positionnement. Elle doit vivre et s'enrichir au fil des clients, comme un cerveau. Les skills sont les comportements qu'on appelle selon le moment.
- Ce que contient le cerveau. D'après sa présentation : le positionnement (ce qu'est l'entreprise, pour qui, à quel prix), les messages (la valeur par segment de clientèle, les chiffres autorisés), la marque (la voix, les mots interdits), une analyse datée par concurrent, un profil par client, et la recherche (la voix du client, des notes de marché). Chaque dossier a sa règle, qui dit ce qui n'y a pas sa place et se charge au moment où l'on y travaille.
- Un chiffre n'a qu'une maison. Les chiffres sont centralisés, avec leur usage : lesquels peuvent aller dans une présentation commerciale, lesquels restent internes. D'après sa présentation, le fichier des chiffres donne pour chacun la valeur, la source et la formulation à ne pas employer, et rien ne sort (présentation, proposition, page) sans passer par lui : « un chiffre sans sa mise en garde finira mal cité ». L'anecdote : un salon client comptait 2 996 exposants, Cédric Giorgi voulait écrire « 3 000 » dans ses présentations, et Claude refusait, parce qu'on lui avait demandé d'être toujours précis sur les chiffres. Savoir quand un arrondi est acceptable reste difficile pour une IA.
- Des connecteurs vers le reste des outils : Linear pour les tâches, Granola pour transcrire les réunions internes et externes, les e-mails en lecture seule. Les deux associés travaillant à distance, avec une heure à une heure et demie d'appels quatre jours sur cinq, ces transcriptions alimentent tout le reste. Sa présentation ajoute le web, pour les sites des organisateurs d'événements.
- Personne ne lance rien. D'après sa présentation, la capture tourne du lundi au samedi à 10 h et la synthèse le vendredi à 17 h. Un seul skill écrit dans la base, les autres ne font que lire. Les livrables (propositions, rapports, contenus) sortent dans un dossier d'attente : c'est un humain qui les valide, et ils ne rentrent jamais seuls dans la base.
Les workflows
- Propositions commerciales en sortie d'appel. Avant, il reprenait ses notes Granola dans un template Notion. Aujourd'hui, une routine quotidienne range les appels au bon endroit, et un skill génère une proposition commerciale ou une présentation de Sena. « Pour les non-dev, tout est code » : une présentation qui est un fichier peut être générée à la volée. Le skill a évolué à l'usage : plutôt que de tout rigidifier, il demande maintenant confirmation de quelques points sensibles, comme le nom de la personne et celui de l'événement, souvent mal compris quand la réunion mêle français et anglais. Il utilise la sortie PDF. D'après sa présentation, le positionnement, le périmètre, le prix, la voix et la mise en page sont tranchés une fois pour toutes en amont : « le skill ne décide rien, ce qui reste est de l'assemblage », et le seul arrêt porte sur les faits (noms, dates, chiffres), jamais sur la rédaction. Pour les e-mails, il reste insatisfait des textes générés dès qu'il s'agit de relation humaine : il les écrit encore à la main, parfois en s'aidant de Gemini, dont il trouve certaines tournures meilleures.
- Un CRM fait maison. Dans son secteur, il faut pitcher un événement ni trop tôt ni trop tard (pas à quatre semaines de sa date ; entre six semaines et six mois avant, d'après sa présentation), et un événement perdu revient l'année suivante. Mettre le CRM à jour à la main l'ennuyait. L'équipe a d'abord décrit le comportement attendu de l'assistant commercial, et cette description est devenue la spec du CRM : les champs sont venus en dernier. Une routine mensuelle vérifie sur les sites des événements du pipe la date de leur prochaine édition. Les discussions internes mettent le CRM à jour. Le système lit les e-mails automatiquement, là où l'ancienne méthode de mise en copie cachée du CRM s'oubliait une fois sur deux, et demande quand il n'est pas sûr. Il remplace aussi un vieux dossier « en attente de réponse » par des alertes sur les personnes à relancer. Il ne lit pas WhatsApp. Sa présentation résume : un CRM classique attend qu'on le remplisse, celui-ci écoute et prend l'initiative de prévenir.
- Un suivi des tâches issues des réunions. Malgré les notes Granola, les petits sujets des réunions quotidiennes se perdaient. Un traqueur les récupère désormais automatiquement. Règle ajoutée à l'usage : un sujet qui revient deux fois gagne en priorité. D'après sa présentation, un audit chaque vendredi applique une définition précise : une tâche est « oubliée » au bout de 14 jours ou quand elle revient deux fois, en « écart » quand elle est close dans Linear mais encore ouverte dans le suivi, et « en pause » quand c'est une décision et non un oubli. La capture écrit, l'audit ne fait que lire. Comme lire du markdown dans un terminal devenait pénible, Cédric Giorgi s'est fait une interface locale, connectée à Linear pour les sujets techniques, avec un bouton pour mettre un sujet en backlog. Pour lui, c'est là que les non-développeurs gagnent le plus : ces petits outils internes ne sont jamais la priorité des développeurs, qui peuvent se concentrer sur le produit.
- La mise en place d'un client. Présenté dans ses slides mais pas détaillé à l'oral : un savoir que seule une personne maîtrisait est devenu une séquence de quatre étapes dans un ordre fixe (configurer, charger le programme et les partenaires, enrichir avec qui veut rencontrer qui, ouvrir le canal). Chaque étape déclare ce qu'elle fait, ce qu'elle ne fait pas et qui s'en charge à sa place. Le risque, selon la présentation, n'était pas une étape mal faite, mais la bonne étape au mauvais moment, sur des données réelles.
- Rapports post-événement et études de cas publiques. Le même skill produit le rapport pour le client et une page publique de showcase. Tout l'enjeu est d'apprendre à l'IA ce qui peut être public : par exemple, la liste des exposants les plus recommandés par l'agent aux participants intéresse beaucoup le client, mais reste privée. D'après sa présentation, chaque chiffre du rapport est recalculé en rapprochant ce que le système dit avoir envoyé et ce qui a réellement été livré, et le volet public part toujours du rapport déjà livré, avec une liste fixe d'informations qui ne sortent jamais (les identités, le détail commercial propre à l'organisateur).
- Un expert de l'événementiel à consulter. Les rapports sectoriels qu'on enregistre « pour plus tard » servent de base à un analyste du secteur que Cédric Giorgi peut invoquer pour être challengé. Un skill d'ingestion extrait l'essentiel de chaque document, un second l'invoque. Ce n'est pas du RAG : il ne s'agit pas de retrouver une information précise, mais de donner le meilleur contexte. Et dans ce rôle, l'agent a pour consigne d'ignorer tout de Sena, pour ne pas être biaisé. Sa présentation parle d'un « mur » : le corpus passe, le positionnement de l'entreprise non, sans quoi l'analyste lui renverrait son propre argumentaire.
Ce que le système ne fait pas
D'après sa présentation, trois propriétés tiennent l'ensemble : tout est un fichier, la capture et la synthèse sont séparées, et par défaut tout tourne seul, l'intervention humaine étant l'exception. Et trois limites, « dites à voix haute » : le système ne connaît que ce qu'il entend (un appel non enregistré n'existe pas pour lui), il n'a été éprouvé qu'à deux personnes, et il garde le discours cohérent, pas forcément juste. Sa présentation se termine sur Hundredfold, l'activité de Cédric Giorgi qui installe ce type de système chez des dirigeants d'entreprises établies.
Deux environnements séparés
Cédric Giorgi fait tourner deux environnements Claude distincts pour ses différentes activités, sans porosité entre eux, une « muraille de Chine ». La limite apparaît quand un besoin concerne les deux, comme l'analyse de son réseau LinkedIn, et qu'il faut revenir sur des consignes de séparation données pendant des mois.